• Nappy or not nappy ?

    Je porte et j'aime mes cheveux crépus naturels et j'en suis plutôt happy. Mais je ne revendique pas le droit de porter ses cheveux ainsi et je ne milite pas contre le défrisage. Alors suis-je vraiment nappy ?

    Sous couvert d'une réflexion sur le phénomène nappy, je vous présente dans cet article, mon parcours capillaire.


     

    Suis-je nappy ? C'est la question que je me suis posée et la réponse dépend du point de vue duquel on se positionne, de ce que l'on entend par "nappy". Du point de vue des méthodes d'entretien du cheveux on peut y voir le retour aux produits naturels pour l'entretien des cheveux crépus. D'un point de vue esthétique nappy désignera davantage à un style capillaire. Du point de vue des idées enfin, "nappy"  nous renvoie à une idéologie, celle du "mouvement nappy".

     

    • Mes motivations ne sont peut-être pas très nappy (1)...
    • ... mais mon style capillaire l'est résolument (2) ...
    • ... tout comme ma routine capillaire (3).

     

    1/ Mes motivations pas très nappy

    A la base, le terme anglais "nappy" veut dire "crépu". Mais aujourd'hui il est souvent associé au "mouvement nappy". A l'origine de ce mouvement, des femmes noires qui ont décidé de cesser de défriser chimiquement leur cheveux. Aussi dénoncent-elles cette pratique remontant à l'époque esclavagiste où le cheveux afro était stigmatisé, pratique nocive de surcroît pour la santé en général et celle du cheveux en particulier.

    Les "nappy girls" dénoncent également les pressions faites sur les noirs, hommes ou femmes, auxquels la société impose trop souvent de lisser leurs cheveux. Revendiquant le droit d'être telles que la nature les a faites elles se sont réapproprié leurs cheveux ainsi que le mot "nappy" présenté plus couramment de nos jours comme un acronyme résultant de la la contraction des mots "natural" et "happy"

    Mon histoire et mes motivations pour porter mes cheveux naturels sont assez différentes de celles des "nappy girls".

    Quand je dis que mes cheveux ont toujours été naturels ce n'est pas tout à fait vrai. Je le confesse j'ai eu recours aux produits défrisant mais seulement deux fois dans ma vie, la première vers l'âge de 12 ans, la seconde 10 ans plus tard et j'en ai aujourd'hui 41. C'est si peu que pour moi ça n'est rien.

    J'imagine que lorsque j'étais enfant, on pensait me faire plaisir en m'amenant chez le coiffeur. Ce fut le cas : je n'avais jamais mis les pieds chez un coiffeur ! Vous rendez-vous compte ? C'est vrai, mon consentement n'était pas éclairé, je pensais que j'allais pouvoir lâcher mes cheveux, me coiffer en un rien de temps avec toutes les fantaisies qui peuvent passer par la tête d'une pré-ado. Je ne savais pas qu'il y aurait des picotements, les croûtes suintantes sur le cuir chevelu, les repousses...

    Je ne suis jamais retournée chez un coiffeur. Pourtant, malgré ces désagréments découverts par la suite, je suis à peu près certaine que je l'aurais fait, tous les mois, comme beaucoup l'ont fait et beaucoup le font encore. Défrisée, même si je n'ai jamais lâché mes cheveux comme je l'imaginais je pouvais les plaquer impeccablement, sans frisottis, je ne craignais plus l'eau comme après un défrisage au fer chaud et surtout je me trouvais belle !

    La principale raison pour laquelle je ne suis jamais retournée chez un coiffeur est que je n'en avais pas les moyens. Je suis donc restée naturelle par la suite mais c'était un non choix.

    Pour mon deuxième défrisage, dix ans plus tard, je suis à un âge où on veut faire femme. La barrière économique est levée : les kits de défrisages sont disponibles en supermarché. Je supplie une amie d'appliquer le traitement sur mes cheveux. Elle tente de m'en dissuader. Je ne sais plus les mots que j'ai employés mais à ce moment, le fond de ma pensée était :

    "Je sais ce que je veux, tant pis si mes cheveux tombent ce soir ou demain et je ne t'en voudrai pas car c'est mon choix".

    Voyant que je ne renoncerai pas elle m'a rendu ce service. Cette personne est une vraie amie, elle te met en garde quand elle pense que tu t'égares mais elle respecte tes choix et t'accompagne. Et en plus elle ne m'a pas ratée : pour ce second défrisage, ni brûlures, ni picotements, ni croûtes, juste les inévitables repousses.

    Seconde expérience réussie donc mais je n'ai pas réitéré. J'avais réalisé qu'il était plus compliqué pour moi d'entretenir mes cheveux défrisés qu'à l'état naturel, et pour cause : j'avais finalement appris depuis toujours à m'occuper de mes cheveux au naturel, c'est dans cet état que j'avais toutes mes sensations, tous mes repères, habitudes (des bonnes, des mauvaises aussi !).

    J'ai donc gardé depuis ce jour mes cheveux crépus naturels cette fois-ci par choix motivé par des considérations pratiques et non par la taille de mon porte-monnaie ni même la bonne ou mauvaise santé de mes cheveux.

    Je ne revendique donc rien, je n'affiche rien non plus en gardant mes cheveux crépus, que ce soit sur le plan éthique, politique ou identitaire. C'est ce qui m'éloigne quelque part du mouvement Nappy.

    J'ai par ailleurs cette chance de ne pas avoir subi de pression sociale ou familiale me poussant à défriser mes cheveux ; la chance également de ne jamais avoir reçu (ou perçu ?) de retour négatif sur mon style capillaire résolument nappy.


     

     

    • Mes motivations ne sont peut-être pas très nappy (1)...
    • ... mais mon style est résolument nappy (2) ...
    •  ... tout comme ma routine capillaire (3).

     

    2/Mon style nappy

    Mon style capillaire de toujours est nappy. Nappy à ces deux expériences près qui n'ont pas trop abîmé mes cheveux. J'ai certes stagné en longueur car les pointes défrisées se sont cassées au fil du temps mais de manière uniforme et imperceptible sur le plan esthétique.  Deux transitions idéales en fait sans big chop à la clé.

    Parlons du big chop. J'ai coupé mes cheveux tout court en 2003 et en 2010. C'était juste pour supprimer ces cheveux dont je n'arrivais plus à m'occuper comme il faut par manque de temps. Étant donné que mes cheveux n'étaient pas défrisés à ce moment là, était-ce un vrai big chop ? 

    Si l'on considère que big chop est une grande coupe alors oui j'ai bigchopé 2 fois et ce alors que je ne connaissait pas encore l'existence des nappy. Je n'avais jamais entendu parler de big-chop, no poo, twist out braid out etc... C'est une de mes sœurs qui a réagi en me voyant la deuxième fois où je m'étais coupé les cheveux en me disant :

    -"Mais tu as fait ton big shop ! tu te mets à la mode nappy ! "

    -"Nappy ? c'est quoi ça ? "

    C'est ainsi que j'ai découvert tout cet univers.

    J'ai fait ensuite l'expérience du no po avec de l'après shampoing car je cherchais une alternative aux shampoings trop agressifs. Cela ne m'a pas convenu et j'ai repris ma petite routine pas très éloignée du reste de celle préconisée par nombre de nappy blogueuses et youtubeuses :

    • pas de foulard en satin certes mais jamais au lit avec les cheveux lâchés ; il m'arrivait de temps à autre de mettre un vieux collant pour que mes nattes restent bien en place ;
    • je portais souvent des coiffures type "combo" avec des franges de nattes, portion de tresses sur l'avant de la tête...
    • quand j'avais besoin de faire une pause, je demandais à ma mère de me mettre des "rajouts" jusqu'à ce que j'apprenne à le faire moi-même ;
    • 1 fois par semaine shampoing par sections et démêlage pendant le temps de pause de l'après shampoing ; je faisais tout de suite des nattes avant le rinçage et une fois que les cheveux n'étaient plus dégoulinants d'eau je refaisais mes nattes une à une après avoir appliqué un peu de matière grasse qui n'était pas totalement d'origine végétale, c'est vrai, mais je croyais qu'il n'y avait que ce type de produits pour nos cheveux.

    Bref ! J'étais un peu Nappy sans le savoir et avant même de me convertir aux soins naturels.

    Pour finir tout à fait sur mon style j'ajoute qu'aujourd'hui je porte souvent des vanilles et aussi des bantu knots (pas out, et parfois même au travail sans qu'on ne me regarde de travers). C'est curieux pour certains mais très décent car rien ne dépasse, très stylisé aussi si on soigne bien les raies ce qui suscite aussi de l'admiration.

    "C'est presque de l'art !" 

    m'a-t-on dit un jour.

    Il suffit d'oser...



    • Mes motivations ne sont peu-être pas très nappy (1) ...
    • ... mais mon style est résolument nappy (2) ...
    • ... tout comme ma routine capillaire (3).

     

    3/ Ma routine capillaire

    Mes cheveux étaient naturels mais pas les produits que j'utilisais. J'ai sur ce point fait une véritable conversion il y a bientôt 3 ans. J'ai renoncé à l'utilisation de produits prêts à l'emploi qu'on trouve dans le commerce pour l'entretien de mes cheveux ainsi qu'aux techniques de coiffage agressives.

     

    Tout a commencé à l'occasion d'un bad hair day à la fin de l'hiver 2013-2014 : cheveux ternes et fatigués demandent un masque de toute urgence sinon je coupe tout pour la troisième fois ! Sauf que ce jour là je n'ai plus de masque. Je me mets alors en quête d'un recette de grand-mère sur le net. C'est là que je découvre les vertus de la mayonnaise et comme c'est une sauce que je fais toujours moi-même me voilà en train de monter une mayo en adaptant un peu la recette. J'applique la préparation, j'enveloppe ma tête dans un sac plastique puis un foulard, je laisse poser environ 2 heures (plus que nécessaire). Puis je rince abondamment à l'eau mais sans faire de shampoing derrière pour garder les cheveux lubrifiés et faciliter le coiffage.
     

    Fini les masques capillaires du commerce !

    Le résultat est épatant, un véritable coup de fouet, une résurrection. J'ai décidé de recommencer tous les weeks-end avant le shampoing. Mais dès la troisième application je n'ai plus vu de changement en mieux comme si les cheveux avaient eu leur dose. Alors j'ai cessé décidé de garder cette recette pour les mauvais jours  qui arrivent en général aux retours de vacances d'été et au sortir de l'hiver, ce qui n'a rien d'étonnant.

    Et puis tout se bouscule :

    L'huile végétale, huile d'olive en l'occurrence, ayant eu le même effet émollient sans encrasser mon cuir chevelu, j'ai jeté toute mes "pommades à cheveux" pleines de dérivés du pétrole.

    Puis je me suis renseignée sur les bienfaits des œufs pour les cheveux. J'ai appris que le jaune d’œuf est un tensio actif :  un agent lavant en quelque sorte qui agit en emprisonnant les impuretés qu'il emporte avec lui au moment du rinçage.

    Ni une ni deux et voilà que j'imagine une recette de shampoing à base de jaune d’œuf (je posterai prochainement la recette ainsi que celle de la mayonnaise dans la rubrique "recettes cosmétiques").

    Fini les shampoings du commerce !

    Ce shampoing fait maison a dépassé mes objectifs : non seulement les cheveux étaient impeccablement lavés mais en plus j'ai constaté la disparition - bonne surprise ! - des pellicules, rougeurs et démangeaisons qui réapparaissaient habituellement de 2 à 3 jours après le shampoing depuis de nombreuses années.

    L'été venant je me suis dit qu'il serait plus pratique pour mes vacances fin août de reprendre un shampoing classique. Mais à mon retour j'avais le cuir chevelu à nouveau tout irrité.

    Quand j'ai repris ma recette maison et tout est rentré dans l'ordre et depuis je n'en ai pas changé.

    Fini les pommades, crèmes et laits capillaires du commerce !

    Un peu d'huile et un peu d'eau font l'affaire. Il s'agit d'ailleurs des ingrédients de base des soins capillaires.

    Ma méthode minimaliste c'est les "Caresses mouillées, Caresses huilées" : mèche par mèche, des caresses à l'eau pour humidifier, hydrater, puis des caresses à l'huile pour nourrir,  faire briller c'est aussi simple que cela.

    Mais la texture, la couleur et le parfum des baumes, crèmes ne sont pas toujours au rendez-vous. Or il s'agit de détails non négligeables car ils participent au plaisir de prendre soin de soi. Trois options possibles : y renoncer, en racheter ou faire soi-même.

    Une fois de plus j'ai opté pour les D.I.Y.. C'est après avoir visionné une vidéo de TiaMendy CheveuxAfro que je me suis dit "Yes, you can !" et j'ai passé ma première commande sur Aromazone. Je prévois de publier en rubrique recettes cosmétiques celles que je préfère (certaines y sont déjà).

    Fini les méthodes agressives !

    J'ai décidé d'aimer mes cheveux :

    Je ne tire plus dessus, je n'utilise plus de peigne et je démêle aux doigts, et de temps en temps avec une brosse à picots très souples car cela permet de mieux débarrasser la chevelure des cheveux morts qui se sont détachés du cuir chevelu.

    Je n'utilise pas de chaleur ni pour les sécher, ni pour les étirer.

    Je les enveloppe pour la nuit dans un foulard.

    Je ne les manipule pas quotidiennement... mais presque ! et sans inquiétude quant à la casse car comme le dit Misscamaelle, on peut se coiffer tous les jours sans casse tandis qu'oublier ses cheveux dans une coiffure protectrice mal posée à laquelle ont ne touche plus pendant des jours voir des semaines peut avoir l'effet contraire de celui recherché (quand les coiffure protectrices ne protègent pas)

     

    Pour conclure je m'interroge à nouveau : Les Nappy vont-elles toutes jusque là ?

     

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  • Commentaires

    1
    Mounaf
    Mardi 18 Décembre 2018 à 18:36
    Ton histoire est juste incroyable! Le Nappy est venu vers toi c'est pas le contraire, il fallai le vivre ✌
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